Long Trax 4

Will Long

Long Trax Productions – 2025
par Simon, le 27 février 2025
7

Jamais aucun producteur n’aura autant incarné son blaze. La formule peut prêter à rire mais là nous parlons sérieusement : Will Long est vraiment un être à part. La bible du référencement musical Discogs taxe le producteur hébergé au Japon de 331 sorties rien que sous le pseudonyme Celer, qu’il a incarné depuis 2006 jusqu’à aujourd’hui – autrefois en duo avec son épouse jusqu’au jour de son décès à l’âge de 26 ans, en 2009. Vingt ans à produire de l’ambient et de la musique expérimentale pour un catalogue qu’à peu près personne n’est capable d’égaler en termes de volume. Son truc à lui, c’est de produire. De produire encore et de produire toujours. Sans limite, et sur à peu près tous les labels de référence (quand il ne sort pas ses albums et EP’s simplement en autoprod’). Une production délirante qui mériterait à elle-seule un webzine dédié. Et ce n’est pas tout puisque de temps à autres, comme si rien n’était jamais assez, depuis 2016, Will Long crée du contenu musical sous son propre nom. C’est là qu’on intervient.

Ici pas de musique expérimentale (enfin si, mais pas amenée de la sorte) mais bien une deep house ultra-simplifiée, produite avec un set up tout ce qu’il y a de plus minimaliste, au niveau du sol. Cela n’étonnera personne en définitive d’apprendre que tous les premiers Will Long sont sortis sur Comatonse Recordings, label d’un autre expatrié au Japon, numéro un (entre autres) dans la défense de la deep house véritable et également producteur insaisissable : Terre Thaemlitz aka DJ Sprinkles. Et cela en dit long sur ce que vous découvrirez dans ce Long Trax 4. Une musique répétitive, deep par obsession, qui travaille à même le code source en allant rechercher dans la simplicité de sa composition tout son héritage noir-américain. Il y a évidemment ici un paquet de discours déclamés par les défenseurs des droits humains, greffés sur des mécaniques rythmiques sèches, avec tout son lot de claviers dub et de nappes ambient. C’est du hardcore fan service ici, tous les titres durent une plombe, ça adopte un rythme de faux-lent et ça ne s'envisage que comme quelque chose de supérieur à la somme de ses parties.

Alors parfois c’est un peu long (notamment sur ce « One In The Future » d’ouverture) mais dans l’ensemble c’est assez impeccable. Côté street-cred on y est, c’est simple et raw comme il faut, ça ne souffre d’absolument aucun artifice et ça ne ment pas sur les intentions. A haut volume, on se rêve contestataire, affamé de révolutions en tous genres et séduit par l’idée de mouvement et d’association. Ça vient chercher dans le ventre ce qui nous manque parfois dans la tête, ça offre du voyage à peu de frais et ça reconnecte à une autre forme de musique du monde, celle de la connexion entre les être humains dans le quotidien de leurs luttes. Une musique de fantasmes et de combats qu’on ne mène jamais assez. Certains diront que c’est trop cheap. D’ici là Will Long aura sorti quatre EP et deux albums.