Cult of The Serpent Sun
NITE

Vu la dégaine de certains albums chroniqués ici, on pourrait croire qu’il y a chez nous une tendance inévitable à souffrir à l’écoute de grands disques dont l’intérêt premier réside dans leur violence : on se fait blaster les oreilles, on se prend dans la tronche des batteries trop rapides, on subit des productions en magma. À force, on oublierait presque que l’extrémisme est un noyau dur des musiques metal, et que leur lisibilité apparait souvent en seconde intention. Cela nous ferait presque oublier qu’on est aussi malades de cette musique pour sa capacité à créer un sentiment de puissance pure, de libération totale par le riff, son groove, sa fluidité et son hystérisme. Vous nous voyez venir à des kilomètres : oui, Cult of The Serpent Sun, c’est cette bulle dans laquelle le metal se veut total, libérateur et chatoyant.
Signés sur Season of Mist depuis le très bon Voices of The Kronian Moon en 2022, les Américains de NITE continuent sur leur lancée, ne laissant que peu de place à d’éventuels prétendants au titre de meilleur groupe de blackened heavy metal actuel. Alors évidemment, commenter ce troisième album de NITE ne peut se faire sans évoquer premièrement ses guitares. Extrêmement influencé par la New Wave of British Heavy Metal de la fin des années 70, Cult of The Serpent Sun emprunte tous les codes Guitar Hero de la musique heavy, passant de Saxon à Iron Maiden sans trop de soucis. Autrement dit, ça usine du riff de seigneur en veste de cuir partout, tout le temps, et avec le plus grand des sérieux. Cet album est une quête permanente du riff épique, comme s’il n’y avait que ça qui pouvait rendre NITE ultime dans la masse de ses contemporains. Avec une telle obsession pour la guitare épique et maxi groovy, on passe le plus clair de son temps à observer, le sourire aux lèvres, cette démonstration extatique de trad metal sans penser à autre chose.
Mais ça nous ferait presque oublier la performance de Van Labrakis, que certains qualifieront d’affreusement monocorde. Les écoutes passent et il faut bien admettre que ce chant black susurré qui le place entre Tom « Warrior » Gabriel période Tryptikon et Abbath est exactement ce qu’il fallait à NITE pour parfaire un produit déjà très équilibré. Sur le Net, ça peste sur cette voix qui n’en serait pas vraiment une, mais ici on sait que c’est justement son placement faussement en retrait et son grain si particulier qui font le sel de la musique des San Franciscains – combien aurait chié une pendule si on avait eu droit à une voix haut perchée sur ces monuments de guitares épiques ? À la place, on tient quelque chose d’équilibré dans son rapport à la noirceur, qui donne des choses assez belles dans ses nombreux moments de gloires (l’énorme banger « Crow (Fear The Night) », les très Tryptikoniens « The Mystic » et « Tarmut » ou le final « Winds of Sorkar »), et qui ne déçoit jamais dans ses moments plus en retrait.
Vous l’aurez compris, Cult of The Serpent Sun assure la permanence avec un disque-référence. Son duo de guitaristes en deviendrait chiant tellement c’est bien fait, tellement c’est simple malgré la complexité technique. Un pépito qui tourne en boucle et qui caresse dans le sens du poil notre amour pour le riff éternel. Une aire de repos bienvenue sur l’autoroute des disques qui tabassent. Délicieux.